Une question revient de temps en temps par rapport aux rêves de maintenance de quelques aquariophiles : pourquoi est-ce que je ne trouve pas
CE poisson-clown dans le commerce? Les réponses sont aussi variées que surprenantes pour certaines d'entre-elles.
Voici donc les poissons-clowns que vous ne trouverez pas dans le commerce et pourquoi. Ceux-ci sont au nombre de 9 : A. chagosensis, A. chrysogaster, A. fuscocaudatus, A. latifasciatus, A. leucokranos,
A. mccullochi, A. omanensis, A. thiellei, A. tricinctus.
Avant d'être observé en 1997 au nord de la Mer Rouge, ce poisson-clown est initialement endémique de l'archipel de Chagos, en plein milieu
de l'Océan Indien uniquement accessible par bateau. Mais cet archipel est une zone militarisée très contrôlée... En effet, des missions militaires
volent en direction du Moyen-Orient en décollant de l'île de Diego Garcia située dans l'archipel. Du coup, hormis quelques rares missions
scientifiques, l'accès à l'archipel est strictement interdit aux civils. Toutefois, depuis que Amphiprion chagosensis a été observé
vers Sharm-el-Sheikh en Mer Rouge, sous une morphe plus foncée (vraisemblablement à cause de la composition de la nourriture), il faudra
suivre l'évolution et les possibles confusions d'import avec Amphiprion bicinctus. Affaire à suivre...
Amphiprion chrysogaster est vraiment rarement collecté. Endémique de l'île Maurice (mais un peu observé également vers l'île de la
Réunion), et comme il y a très peu d'équipements sur l'île Maurice pour une activité aquariophile, il est difficile d'organiser une collecte
continue à grande échelle. Du coup, et hormis une amélioration des moyens techniques, ce poisson ne sera pas disponible dans les bacs de vente
de votre revendeur habituel.
Amphiprion fuscocaudatus est endémique des Seychelles et du groupe d'îles d'Aldabra, près de la côte Est africaine. Les autorités
seychelloises interdisent les prélèvements commerciaux! Seules les captures à des fins scientifiques sont tolérées. Aldabra, considéré par
certains comme les Galápagos de l'Océan Indien, est un emplacement protégé par les Nations Unies (site classé au patrimoine mondial) et est
également contrôlé par une fondation aux Seychelles (SIF, Seychelles Islands Foundation). L'atoll est virtuellement hors limites pour les
visiteurs à moins de disposer d'une permission spéciale du SIF. Finalement, ce sont deux organisations semi-gouvernementales qui protègent
ces sites et empêchent les prélèvements. Du coup, il est impossible de voir un spécimen dans un magasin.
Ce poisson est exceptionnellement importé, mais sous l'appellation erronée d'Amphiprion clarkii en phase sub-adulte... Ceci crée
évidemment une confusion au niveau des grossistes. Ces poissons pourraient provenir des îles Comoriennes mais il faudrait plutôt suspecter un
arrivage en provenance du Kenya dans ce cas. Il n'existe pas de raison particulière à la non-importation de ce poisson au même titre
qu'Amphiprion allardi via les collecteurs kenyans qui exportent déjà A. allardi. Encore une affaire à suivre...
Le "clown à bonnet blanc" est trouvable, mais avec de la patience. Ainsi, on arrive à se le procurer en attendant un an ou plus. En fait, le
problème réside dans son identification en tant qu'espèce bien séparée et distincte des autres! Du coup vous pouvez obtenir ce poisson par coup
de chance, sans l'avoir demandé, suite à une erreur au niveau des collecteurs ou des grossistes. L'identification, surtout en phase juvénile
ou sub-adulte, est un facteur dont il faut tenir compte dans l'obtention d'une espèce précise.
On ne trouve pas Amphiprion mccullochi aux abords de l'île de Norfolk, comme il est souvent dit, ni aux mêmes lieux (pourtant si
proches) qu'Amphiprion latezonatus et avec lequel il est facile de le confondre
en phase sub-adulte. On trouve
Amphiprion mccullochi uniquement autour de l'île de Lord Howe qui est classée au Patrimoine Mondial Naturel des Nations Unies. Considéré
comme un lieu d'héritage du monde, on interdit strictement toute exploitation commerciale (et touristique) de cet ensemble d'îlots. Les permis
de visites à des fins scientifiques sont seulement délivrés par le gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud et de l'île de Lord Howe.
Le sultan d'Oman n'est pas particulièrement enthousiaste à l'idée de voir des personnes, en particulier occidentales, venir dans son pays
et exploiter ses animaux... Et, puisque ce poisson est endémique des eaux territoriales du Sultanat d'Oman, il est sage d'oublier la possibilité
de l'admirer dans votre aquarium. Les expéditions scientifiques sont tolérées, mais point trop n'en faut, et les collectes ou autres prélèvements
d'animaux sont interdits.
Ce poisson, nommé en l'honneur de Michael Thielle (et non d'Albert Thiel comme certains le pensent), a été décrit par le Dr Warren Burgess. Pour
la petite histoire, il est souvent écrit que la description de cette espèce récente a été basée sur deux holotypes obtenus à partir d'un magasin
aquariophile. Cette information très répandue dans la littérature "populaire" est incorrecte. En effet, il y avait peut-être environ quinze à
vingt spécimens obtenus par M. Thielle et quelques-uns ont été envoyés au Dr. Burgess qui a préservé/maintenu au moins 4 individus. Il faut
évaluer ce poisson comme presque impossible à obtenir en raison de son extrême rareté : il n'a été revu (de façon confirmée) qu'une seule autre
fois depuis sa découverte et un débat persiste quant à sa classification en tant qu'espèce propre ou hybride...
Ce poisson-clown est un cas tout à fait particulier! En effet, ce n'est ni sa rareté, ni des difficultés de collecte qui oppose une fin
de non-recevoir lorsqu'on tente d'obtenir des individus. Car si les structures commerciales existent aux Îles Marshall (pas trop pour l'Europe,
mais bien développé pour le continent américain) et, ainsi, on pourrait théoriquement obtenir des exemplaires de Amphiprion tricinctus mais (car
il y a un "mais"...), les spécimens exportés sont systématiquement infestés (et sévèrement!) par un parasite : Brooklynella hostilis
(protozoaire cilié avec un nom approprié) qui est une véritable catastrophe très contaminante et létale. Du coup, les collecteurs évite
ce poisson comme la peste afin de ne pas propager ce parasite mortel... Il serait évidemment possible de traiter les poissons pêchés pour
enrayer (on sait le faire) une quelconque propagation mais le risque est grand même si le prix de ce poisson augmentait en conséquence
des surcoûts induits par un traitement spécifique.
Comme on peut le constater, les causes de non-importation sont variées entre la politique, la protection, la maladie, la rareté, etc. Pour certaines espèces, la difficulté de reproduction en ferme d'élevage reste un
dernier obstacle !
D'ailleurs, en date du 01/09/2009, il est possible que trouvions prochainement Amphiprion mccullochi dans le commerce suite à des reproductions menées à bien par les Docteurs Forster et Smith depuis la fin 2006.