Cet article sur la reproduction d'Amphiprion ocellaris Cuvier (Pomacentridés) a été écrit par Alain Bertschy (à ce jour, "patron" d'Aquarium Systems France), en 1979 et publié dans la Revue Française d'Aquariologie -
Herpétologie au cours du 3ème trimestre 1979. Malgré son ancienneté, le texte garde, aujourd'hui encore, toute sa valeur.
Amphiprion ocellaris Cuvier a été généralement confondu avec Amphiprion percula Lacepède, jusqu'à la révision de Gerald R. Allen (1972). Importée en Europe dès 1912 (Berlin), cette espèce
fut aussi la première du genre à se reproduire en captivité (3 jeunes élevés à l'Aquarium d'Onrust dans la baie de Djakarta, sur plusieurs milliers de larves écloses, Verwey, 1930).
J. Garnaud (1951) constata que la ponte pouvait avoir lieu en l'absence d'anémone, mais ne put amener aucune larve au delà du 6ème jour. O. Koenig (1960) réussit
l'élevage de 16 alevins et fut suivi par des Aquariums Publics (Wilhelma) et quelques amateurs (voir liste bibliographique). Depuis
1974, l'espèce est élevée en Floride, sur plusieurs générations (Anonyme, 1976). Gerald R. Allen (loc. cit.) écrit qu'elle est probablement l'espèce la plus favorable pour
des tentatives de reproduction; elle se contente pour pondre d'un bac de dimensions modestes (15 gallons, soit 57 litres environ) et, de plus, elle est prolifique (jusqu'à 28 pontes par an à l'Aquarium Artis, selon
de Graaf, (1977). Le nombre des oeufs paraît excessivement variable (de 280 à près de 1500, Garnaud loc. cit.).
Les protocoles d'élevage n'ont pas tous été publiés, ceux du secteur commercial en particulier où les réussites seraient de l'ordre de 90%, et ceux qui ont fait l'objet de notes ne permettent pas de dégager une méthode, à la fois
simple et fiable, qui comporterait des chances raisonnables de réussite.
Nous décrivons, à notre tour, une série de tentatives au cours desquelles 3 pontes du même couple, sur les 10 prélevées, ont permis d'amener 30 spécimens en tout, au delà de la phase larvaire qui dure une dizaine de jours à 26 °C.
N'hésitez pas à utiliser des formes plexiglass pour toutes les séparations transparentes.
Le couple est constitué d'un mâle âgé de plus de 5 ans (acquis juvénile en octobre 1973) et d'une femelle issue d'un lot de 10 juvéniles, acquis
en janvier 1978, dont 7 sont morts pendant la période d'acclimatation. Des 3 survivants, 2 ont conservé sensiblement leur taille d'origine
d'environ 40 mm (inhibition sociale), le 3e a présenté, au contraire, une croissance rapide et s'est apparié au mâle en novembre 1978.
Longueurs totales (LT) respectives au 30 mai 1979 : mâle 73 mm ; femelle 65 mm (cf. les 2 photos).
En valeur absolue, la taille des femelles dépasse celle des mâles (110 et 80 mm LT, de Graaf, loc. cit.; max. 74,5 mm LS, Allen), et,
dans la nature, le couple reproducteur est formé de la plus grande femelle du groupe et du mâle de plus haut rang, qui sera néanmoins plus petit
qu'elle. Il en est généralement de même en aquarium recifal (Egensperger et Condé, fiche
aquariologique Amphiprion ocellaris, supp. Revue Française Aquariologie (1976), mais parfois un couple, comme c'est le cas ici, peut
présenter un rapport inverse en fonction d'âges très différents.
Burgess (1975) écrit que la reconnaissance des sexes serait possible d'après la forme de la 2e bande
blanche. Celle-ci est plus large chez la femelle que chez le mâle et l'expansion en forme de coin du bord antérieur est plus développée
chez la première que chez le second; en conséquence, la distance séparant le sommet de la pointe de la 2e bande, de la marge postérieure de
la 1ère, est relativement plus courte chez la femelle que chez le mâle. De Graaf (1977) a constaté le même
dimorphisme sexuel chez tous les couples qui ont pondu à l'Aquarium Artis et cette différence se vérifie aussi chez notre couple. Selon
Garnaud (1951) néanmoins, la seconde bande blanche, particulièrement variable, n'a aucune valeur discriminative;
il mentionne en revanche une large tache noire à l'insertion des pectorales chez le mâle (absente chez notre spécimen).
Moule crue ou cuite, Crevettes, parfois Néreis et nourriture sèche.
Les 4 spécimens cohabitent dans un bac de 220 litres d'eau de mer reconstituée (sels H.W.), filtré sur une gouttière chargée de perlon et de
mousse polyéther, et alimentée par un exhausteur d'un débit d'environ 6001/heure, pourvu de deux diffuseurs d'air et d'un écumeur éclairé par
2 tubes Gro-Lux de 40 W et décoré de roches en polystyrène recouvrant de quartzite et de fragments de Madrépores; température moyenne 27 °C.
Abondante plantation de Caulerpa prolifera. Une Radianthus sp. (probablement
Radianthus malu = Heteractis malu), des Actinia equina et des
Aiptasia sp. complètent le peuplement.

Les oeufs sont prélevés quelques heures avant l'éclosion par grattage du site de ponte à l'aide d'une pipette en verre à extrémité tranchante. Ils sont aspirés par succion, ou par siphonnage, cette dernière méthode plus rapide,
mais apparemment plus choquante. Placés à mesure dans un récipient en plastique d'environ 1 litre, flottant sur l'eau du bac de ponte, les oeufs sont comptés et triés (élimination des oeufs lésés). Ils sont ensuite transvasés
dans le petit compartiment du bac d'élevage.
Avec l'éclosion commencent les difficultés pour bien nourrir les alevins. Après divers essais dont le meilleur a donné un taux de réussite de 36,66% (22 alevins sur 60 oeufs), nous pouvons proposer la méthode suivante, testée à
28 °C. Les 2 premiers jours, on distribue, toutes les heures diurnes, un mélange de Mikrozell, Liquizell et TetraMin, préparé dans un verre d'eau de l'aquarium. Le débit du filtre, dans le compartiment des alevins, est réduit au
moment de la distribution et rétabli, au maximum, un peu avant la distribution suivante, pour assurer un bon renouvellement de l'eau.
Au 3ème jour (ou même dès 1 jour 1/2 pour certains alevins) on distribue, 3 fois par jour, des nauplies d'Artémias à l'éclosion; l'addition simultanée de Mickrozell ou de Liquizell semble stimuler les alevins et les
inciter à avaler les nauplies.
Les pertes qui sont ordinairement très importantes pendant les 3 ou 4 premiers jours, régressent à partir du 5e ; dès ce moment, on peut espérer un succès d'élevage.
La "métamorphose" intervient, selon la température et peut-être l'alimentation, entre le 8e et le 12e jour, avec l'apparition, un peu décalée, des 2 bandes claires antérieures sur fond orange et de la nage ondulante caractéristique;
les modifications sont ensuite progressives vers l'acquisition d'un patron de coloration qui se rapproche de plus en plus de celui de l'adulte (du 12e au 20e jour : 9 mm), puis lui devient identique (du 20e au 80e : 14 mm au 40e
jour, 16 mm au 60e).
Remarques : L'usage d'Euplotes (souche du Wilhelma Aquarium), essayé pour les 7 premières pontes, a été ensuite abandonné (un seul succès pendant cette période). Nous ne pouvons cependant affirmer qu'il ne restait aucun de
ces Ciliés dans le bac d'élevage, malgré la température élevée qui leur est défavorable.
II est possible que l'introduction de Mikrozell, Liquizell et Tetra-Min dans le bac, lors de chaque ponte, ait favorisé à la longue le développement d'une microfaune convenant à l'alimentation des alevins des deux dernières pontes.
| n° des pontes | dates | oeufs prélevés | éclosions | longévité des larves |
| 1 | 26.11.1978 | totalité | 04.12.1978 | 10 h |
| +- 250 | ||||
| 2 | 05.12.1978 | totalité | 13.12.1978 | 20 h |
| 3 | 17.12.1978 | totalité | 25.12.1978 | 35 h |
| 4 | 27.12.1978 | 40 | 04.01.1979 | 4 alevins menés à terme |
| 5 | 10.01.1979 | 200 | 17.01.1979 4% | |
| 18.01.1979 30% | 2 - 3 jours | |||
| 19.01.1979 45% | ||||
| 6 | 20.01.1979 | 100 | 28.01.1979 | 3 jours |
| 7 | 01.02.1979 | 75 | 09.02.1979 | 3 jours |
| 8 | 12.02.1979 | 60 | 20.02.1979 | 1 jour |
| 9 | 24.02.1979 | 100 | 04.03.1979 | 4 alevins à terme |
| 10 | 07.03.1979 | 60 | 15.03.1979 | 22 alevins à terme |
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Tableau II
(4ème ponte : éclosion et pertes sur 40 œufs prélevés. 26 °C.)
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Tableau III
(9ème ponte : éclosions et pertes sur 60 des 100 oeufs prélevés. 27 - 28 °C.)
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Note: tous les alevins sont ramenés à la même dimension! (cliquez pour obtenir un agrandissement.)
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(1) Quelques individus sont en retard sur cette chronologie; les longueurs indiquées ont été mesurées sur des spécimens morts qui n'étaient pas toujours les plus grands alevins; elles sont données à titre indicatif. Le développement décrit par Hackinger (1962) paraît très retardé dans la réalisation du patron.